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L’histoire des épices est vieille comme le monde : Des études anthropologiques ont démontré que cinquante milles ans avant notre ère, l’homme utilisait déjà certaines feuilles pour assaisonner ses aliments. En outre, les textes sacrés des civilisations, comme la bible ou les écritures en sanscrit, témoignent de la présence des épices dans la vie des ancêtres où souvent celles-ci occupaient une place importante dans les rites et rituels ainsi que dans la préparation des mets. Les épices avaient déjà acquis une certaine valeur marchande dans les civilisations anciennes.

L’île Maurice sur la route des épices

Le commerce des épices, jusqu'au 19ème siècle, fut une aventure passionnante et riche d’évènements qui commença au 1er siècle. Par la situation géographique de l’île Maurice, sur la route des épices, celle-ci verra se succéder sur ses côtes de puissants commerçants qui lui donneront une place importante dans ce commerce. Dès le 17ème siècle, l’histoire de l’île Maurice fut très liée avec l’aventure fabuleuse du commerce des épices d’Orient. Maints récits d’aventures riches et palpitantes des explorateurs, commerçants et administrateurs de la compagnie des Indes Orientales font aujourd’hui partie de l’histoire de l’île Maurice.

L’épopée du commerce des épices

Le règne des commerçants arabes au 1er siècle
A l’époque des conquêtes d’Alexandre le Grand ,poivre, cardamome, gingembre furent introduits en Europe, mais ce commerce fut brutalement interrompu après le pillage de Rome, en 410, et l’invasion de l’Afrique du Nord et de l’Espagne.
Dès 950 ans avant Jésus-Christ et pendant des siècles, les Arabes furent les maîtres incontestés du commerce, dangereux sans doute mais lucratif, des épices. Ils gardaient d’ailleurs soigneusement secrètes les provenances de ces denrées tellement appréciées et faisaient même circuler des légendes sur les dangers multiples qu’il fallait vaincre, disaient-ils, pour se les procurer.

Escale à Dina Arobi
En empruntant la route des épices, les commerçants arabes furent probablement les premiers visiteurs de l’île Maurice, Dina Arobi sur les anciennes cartes de ces navigateurs. Passé le Cap de Bonne Espérance, L’île Maurice offrait une escale au milieu de l’Océan Indien où les navigateurs venus du nord du continent africain pouvaient s’approvisionner en eau potable et en aliments. Ils appelèrent l’île Dina Arobi, petite île arabe, et leur brève tentative de la coloniser se solda par un échec. Des poteries gravées d’inscriptions et d’esquisses arabes trouvées sur les côtes mauriciennes témoignent du passage de ces navigateurs et maîtres incontestés du commerce des épices au 1er siècle. Toutefois, le règne des arabes sera vite contesté par les européens car les conquêtes de Charlemagne et, plus tard, les croisades répandirent en Europe Occidentale le goût des produits exotiques, venus d’Orient, qu’apportaient les caravanes.

Des épices qui valent de l’or
Qu’elles viennent par mer ou par terre, les épices passaient par le Caire d’où, par Alexandrie, elles étaient vendues aux Vénitiens ou aux Génois qui les ramenaient en Europe. Leurs prix étaient très élevés et au Moyen Age une livre de gingembre valait le prix d’un mouton, une livre de macis coûtait autant que trois moutons ; quant au poivre, il était si cher qu’il était vendu grain par grain !

La grande conquête des épices par les navigateurs européens au XIII siècle ;

Les Vénitiens et les Génois entreprirent de nombreuses expéditions pour trouver les pays des épices et conservèrent un certain temps le monopole de leur commerce. Mais les récits de leurs voyages, ceux de Marco Polo en particulier (1271), firent connaître au reste de l’Europe la provenance de ces denrées, et d’autres puissances réalisèrent alors qu’il était possible d’aller se les procurer sur place à l’aide de navires. Le Portugal d’abord, puis l’Espagne, l’Angleterre et la Hollande entrèrent dès lors en un des conflits les plus marquants de l’Histoire.

Signe de puissance, le commerce des épices sème la rivalité entre pays européens.

Les portugais ; des commerçants impitoyables
Pendant quatre siècles, les principales puissances occidentales rivalisèrent lors d'une course vers l’Orient, ayant même recours à la guerre pour s’assurer le contrôle des pays producteurs d’épices. Pendant tout le 15ème siècle, les portugais explorèrent la Côte Occidentale d’Afrique et, en 1486, Diaz doubla le Cap de Bonne-Espérance. En 1498, Vasco De Gama traversa l’Océan Indien et toucha la côte de Malabar. Durant leur séjour à l’île Maurice, Ils nommèrent l’île, « Ilha do Cirne ». L’Ilha do Cirne comme d’autres terres africaines servait à confirmer la puissance des portugais dans le commerce des épices. En 1511, le portugais Antonia De Abien, plus chanceux que Vasco De Gama, côtoya l’Inde, atteignit la presqu’île de Malacca puis l’Archipel des Moluques, îles productrices des fameuses épices (Banda, Amboine, Bali,…) ; il en ramena une cargaison importante de girofle, cannelle, poivre et muscade. Ce fut alors une lutte épique.

Les Hollandais et leur puissante Compagnie Néerlandaise
A la fin du 15ème siècle, les Hollandais entrèrent dans la compétition en Extrême-Orient et ébranlèrent la domination portugaise. Ils conquirent Malacca en 1641, puis Sumatra. En 1640, date à laquelle ils abordèrent l’île Maurice, ils contrôlaient déjà le commerce de la cannelle à Ceylan et, en 1663, ils possédaient les principaux ports exportateurs de poivre de la côte de Malabar. Avant la fin du 18ème siècle, ils avaient conquis toutes les îles qui devaient former les Indes Néerlandaises et devinrent ainsi les maîtres absolus du commerce des épices. Pour conserver ce monopole, ils usèrent de moyens draconiens, brûlant les stocks lorsque les cours baissaient, stérilisant les graines, arrachant les arbres producteurs dans certains secteurs pour faciliter la surveillance.

Les Français ; le célèbre Intendant Pierre Poivre de L’île de France
La France eut d’abord un rôle assez effacé dans cette course aux épices, mais elle contribua ensuite largement à ruiner le monopole néerlandais. Ce fut en particulier Pierre Poivre Intendant général de l’Ile Maurice, alors L’île de France qui, grâce à plusieurs expéditions aux l’Indes, parvint à se procurer des plants de giroflier, de cannelliers et de muscadier. De L’île Maurice, ces végétaux furent ensuite propagés à la Réunion, aux Seychelles, à la Guyane, etc….

Les Anglais et la fin de la Compagnie Néerlandaise
Les Anglais, de leur côté, prirent pied en Inde, entrèrent à leur tour en conflit avec les Hollandais et provoquèrent la ruine et la suppression de la compagnie Néerlandaise de l’Inde Orientale, en 1799. Ainsi autrefois, le pays qui avait le contrôle du commerce des épices était parmi les plus riches et les plus puissants du monde. Plus tard il n’en fût plus de même, la valeur des épices ayant considérablement diminué ; Au 19ème siècle l’Angleterre s’était progressivement assuré une place de choix dans le commerce de denrée, et Londres devint le principal marché des épices.

Le commerce des épices d’aujourd’hui

Le commerce des épices n’est plus aujourd’hui q’un simple commerce d’aliments. L’Orient a perdu depuis ses légendes et ses mythes et les puissances Européennes se sont partagées ce commerce à l’amiable. En effet, le commerce des épices est très réglementé comme tout autre commerce et par conséquent les prix des épices sont relativement stables. Néanmoins des épices comme la cardamome ou le safran peuvent coûter cher (Rs 500, soit 17 euros pour 1 kg de cardamome) parce qu’ils sont très rares et ne peuvent être obtenus en très grande quantité.

Les principaux pays producteurs
Si la plupart des épices tropicales viennent encore d’Orient, d’autres ont changé d’hémisphère : le gingembre est cultivé à la Jamaïque. Quoi qu’il en soit, les principaux pays producteurs d’épices sont l’Inde, le Sri Lanka (producteur principal de poivre et de cannelle), la Chine, le Vietnam, et Madagascar. A l’île Maurice une très grande variété d’épices est utilisée dans la cuisine orientale et créole. Ainsi les marchés comme le « grand bazar » de Port- Louis abondent d’odeurs chaudes provenant de rhizomes (gingembre), d’écorces (cannelle), de boutons floraux (girofle) qui donne une certaine atmosphère à ce lieu pittoresque.


   
 
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